Les régimes linguistiques de l'Union et du Luxembourg

Publié le par Esukki

Hier nous avons eu un de nos derniers séminaires du stage – il nous en reste encore un en septembre. Il s’agissait à nouveau de la politique linguistique dans l’Union Européenne, plus en détail des régimes linguistiques de différentes organismes de l’Union. On nous a raconté certains détails qui sont plutôt intéressantes. Par exemple, les traducteurs de la Cour des institutions, les juristes-linguistes (ils doivent avoir effectué des études du droit et également des études linguistiques) révisent les textes juridiques traduits des traducteurs du Parlement (pour qui les études du droit ne sont pas exigées). Pourtant, dans les traités et dans la juridiction de la Communauté, il n’y a pas de traductions au Parlement ! Les différentes versions linguistiques des textes sont « rédigées » dans les 23 langues de l’Union et pas traduits, et chaque version est valable. Dans la Cour, malgré le fait que ses traducteurs ont une formation juridique, ne font que traduire et le texte en langue originale est le seul valable… 

 

La Cour a son régime linguistique bien différent de celui des autres institutions. Par exemple l’irlandais (gaelic) a toujours été une de ses langues de travail, même si au niveau des institutions il a obtenu sa position de langue officielle de l’Union que récemment. Par contre, la langue utilisée par les juges entre eux (huit clos) a toujours été le français et cela n’a été contesté que récemment. Parmi les institutions, c’est le Parlement qui a le régime le plus multilingue car tous les documents officiels doivent être traduits en 23 langues officielles de l’Union (pour l’instant les unités irlandaise et maltaise ne peuvent pas encore le faire) et les citoyens et les MPE ont le droit de s’adresser au Parlement dans la langue officielle de leur choix. Par contre, on n’y mentionne rien de la langue maternelle ! Donc s’il y a un citoyen finlandais qui veut s’adresser au Parlement en sami, il n’y a pas de moyen… Par contre, depuis peu, il est possible d’ajouter des langues additionnelles parmi les langues officielles, ce qui pourrait justement être le cas pour les langues moins répandues (minoritaires en langue politiquement correcte) comme le sami, le luxembourgeois etc. Pour le basque il existe déjà des exceptions, tout comme pour les autres langues des régions autonomes de l’Espagne : le galicien et le catalan. Comme ces langues sont des langues officielles de l’Espagne, il est possible qu’un citoyen espagnol s’adresse au Parlement en catalan ou en basque et reçoit la réponse en même langue. Par contre, ce n’est pas l’Union Européenne qui règle la note – c’est l’Espagne.

 

La question sur la langue luxembourgeoise est très intéressante. En effet, il n’y a pas de langue officielle au Luxembourg. La législation du pays est écrite en français, et dans la Constitution il est bien écrit que la langue nationale du Luxembourg et le luxembourgeois – tout ceci écrit en français ! Ensuite il est écrit qu’il y a trois langues administratives : le luxembourgeois, le français et l’allemand. En pratique, le luxembourgeois est beaucoup utilisé dans la vie quotidienne et on l’entend beaucoup dans la rue, dans les magasins, dans les bus… Le français est parlé pratiquement par tout le monde, l’allemand un peu moins mais comme le luxembourgeois est très proche de l’allemand, les gens le comprennent. Moi, pour l’instant, je n’ai appris que deux mots et je ne sais même pas comment les écrire… Je n’y connais rien donc. On dit que le luxembourgeois est un dialecte de l’allemand, proche du dialecte mosellois. Bien sûr, le luxembourgeois a pris beaucoup d’influence du français et également du néerlandais. La propriétaire de la maison où j’habite, une flamande, me dit que le luxembourgeois est écrit de façons différentes et il n’y a pas vraiment de grammaire que tout le monde obéisse. Par exemple, le village où j’habite, est soit écrit Rammeldange soit Rameldange. Donc pour l’instant il n’y a pas de volonté de donner au luxembourgeois le statut d’une langue officielle de l’Union Européenne. Pour le faire, il faudrait également faire beaucoup de standardisation au niveau de la grammaire déjà.

 

Avec les élargissements du 21e siècle, le nombre des langues officielles de l’Union a beaucoup augmenté. Surtout les langues de la famille slave sont beaucoup plus représentées maintenant, ainsi que la famille finno-ougrienne avec le hongrois et l’estonien maintenant à côté du finnois. On a également la première langue sémitique européen, le maltais, et bien sûr une langue celtique, l’irlandais (la décision d’Irlande de l’utiliser comme langue officielle de l’Union).

 

Tout cela prouve que la question linguistique de l’Union Européenne est très complexe. Comme disait le traducteur qui nous a parlé dans ce séminaire, « une langue officielle est juste un dialecte qui a conquis un territoire et qui a une constitution » . Cela me paraît bien juste, car toutes les langues de l’Union Européenne ont jadis été des dialectes, les 23 chanceuses ont juste pu acquérir un peu plus de territoire que les autres, et un statut plus élevé pour une raison ou une autre. Car à l’intérieur de l’Union actuelle, une soixantaine de langues différentes sont parlées, et même pas la moitie d’elles sont des langues officielles de l’Union…

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